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Salle couleur de neige fraîche tombée, Fenêtres aussi hautes qu'étroites, Donnant sur un décor extérieur À des milles lieux des douleurs intérieures. Rideaux tirés par ci, grand ouvert par là, Les uns couchés, les autres debout ou assis… Deux dames en robe blanche immaculée veillant ça et là… Guettant tantôt un soupir anormal, Tantôt le bruit d'un appareil partant au galop… Rassurant un parent, bandant une plaie… Soudain, elle entre en coup de vent, Toute menue, à peine âgée de 65 ans. Cette dame au chapeau Porte le sourire radieux d'une enfant, La peau aussi blanche que la chevelure Où court de minuscules brins noirs, Elle vient veiller son vieux. Il sort à peine de la salle de réveil, la voit et lui sourit. Il est rassuré, elle est venue… Elle est debout depuis plusieurs longues minutes maintenant. Je lui offre une chaise pour reposer ses courtes jambes. Elle est touchée et me remercie d'un gracieux sourire. Cette introduction permet d’engager la conversation. " Bonjour je viens d'ici et vous ? Moi, de là… " Quelques mots échangés et la conversation se meurt déjà… Étouffée par un silence naissant. Chacune retourne l'une à son chacun, l'autre à sa chacune. L'attente des corps devant reprendre tranquillement leurs forces commence. La routine des aiguilles et des rapports à remplir se fait moins pressante. Entre un corps rétabli quittant et un corps endormi faisant son entrée, Les infirmières peuvent respirer quelques instants… Elles s'octroient un répit et engagent la conversation avec moi. De fils en aiguilles, la conversation l'interpelle… elle. Elle tend l'oreille… "Quoi ? Vous avez des pertes de mémoire ? Moi aussi… J'ai si peur de faire de l'Alzheimer !" " Mais non, mais non, S'écrit presque en coeur ses interlocutrices. Vous savez, nous avons toutes des pertes de mémoire ! Ah ! la pré ou la méno… pause ! Elle nous en donne des pauses au cerveau… Vous faites certainement partie du lot, rien à craindre tout est normal… Ce lot est féminin et super pluriels !!!" Non rassurée, elle renchérit : " Mais c'est que j'oublie souvent ce que je veux… Je pars d'un pas alerte et tout d'un coup plus rien… Je reste là au milieu de la place à chercher et chercher encore ce que je voulais. Et j'ai beau fouiller dans ma mémoire, je ne le retrouve pas… " L'enchère continue : " Ah ! Vous savez, la ménopause nous oblige À avoir des mémos pausés çà et là! Écrivez-vous plein de petits papiers votre problème sera vite réglé… " " Puisque vous le dites, c'est peut-être juste ça, mais… " Rajoute-t-elle alors qu'elle semble partie Dans un endroit dont elle seule détient une clé. Elle reprend la garde de celui qui, Depuis longtemps, partage sa vie… Vient son tour à lui de partir, Elle doit l'aider à se vêtir, le pauvre, Sa main droite est fraîche opérée ! La conversation reprend entre elle et nous mais… La voilà qui glisse à l'extérieur Des chemins que nos mots ont tracés. Elle semble plus souvent qu'à son tour Perdue dans les méandres de son cerveau… On se met à la regarder différemment. Et si… Et si c'était… Oui peut-être… Tant et si bien que l'infirmière conseille à l'époux De conduire pour revenir chez lui. Sa main blessée semble plus rassurante, que la mémoire de son épouse… Oui, finalement, nos mémos et nos mots Auront peut être été inutiles. Il faut se rendre à l'évidence… il est trop tard… La dame au chapeau Semble réellement souffrir d'Alzheimer… |
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