La vieille maison
© Texte original de Diane Veilleux Garneau - 9 mars 2003

Merci à l'artiste-peintre Julie Lacoursière
qui m'a permis d'utiliser une copie de sa magnifique aquarelle Maison abandonnée.
Au sortir d'une courbe dans un grand champs près de la route
Tu apparais comme un fantôme essayant de disparaître
Sous les doux rayons du soleil.

Je m'arrête près de toi, je sors de ma voiture.
Quelque chose m'attire vers toi, mais quoi ?
Le respect de la vieillesse?
L'image romantique que ta vieille carcasse fait monter en moi ?

Pourtant, je sais.
Mais oui... je sais bien...
Lorsque la plupart des gens te regardent
Ils ne te trouvent qu'un air très délabré,

Toi la maison vieillotte, finie, déchue…
Pratiquement personne ne prend le temps
D'imaginer ce que ta vie fut...

Tes vieilles planches salies par la poussière du temps
Font naître en moi un désir.
Celui de vouloir, par mes pinceaux, t'arracher à ta mort lente…

Peut-être est-ce parce que tu caches en ton sein
Tant d'histoires, de joies et de souffrances…

Outre l'herbe follette poussant à tes pieds,
Combien de mousses follets ont grandi sous ton toit ?

Des petits chats ont-ils dormi sur le dos
Bien calés dans ce grand tapis vert entourant tes vieux os ?

Les moutons ont-ils broutés les blanches marguerites
Dansant autour de toi au gré du vent
Les partageant tantôt avec les vaches, tantôt avec les lapins ?

Combien de fois le soleil a-t-il fait fondre la neige printanière
Sur ton noir chapeau aux bardeaux arrachés
En y faisant monter une blanche fumée annonciatrice de la fin de l'hiver ?

Malgré tes nombreux carreaux brisés,
Peux-tu encore voir les perce-neige apparaître de sous leur drap blanc ?
Ils semblent vouloir venir jouer avec toi, le sais-tu ?

Le sifflement du vent entrant par tes fissures
T'empêche-t-il d'entendre le chant des oiseaux
Ou celui du criquet au mois d'août?

Ressens-tu un frisson de plaisir
lorsqu'un papillon se pose délicatement
Sur le rebord d'une de tes vieilles fenêtres ?

Je sais, tu sembles triste, en voyant le jardin laissé à l'abandon.
Tu avais tant de fois entendu la fierté
De la maîtresse des lieux en vanter la beauté.

Toi, il ne te reste que le parfum des fleurs sauvages
Osant pousser entre les fissures de ton plancher pourrissant

Heureusement que ton chapeau percé,
Leur permet de voir le soleil
Et de s'abreuver de gouttes d'eau.
Tu es chanceuse, car maintenant,
C'est la nature ta jardinière.

Le menuisier-infirmier n'est plus là.
Lui savait comment soigner ta marche cassée :
un peu de clous par ci, un peu de plâtre par là
Maintenant, elle restera brisée à jamais ta marche, tes marches…

Je le sais, cela t'attriste car d'ici quelques temps
Ces marches n'auront rien d'autre à offrir
Qu'un lot complet de minuscules cure-dents
Dont personne ne voudra…

Je regarde à l'intérieur de tes entrailles,
Il y a un vieil escalier
Qui a été mainte et maintes fois visité par les araignées.
Je le sais, elles y ont tissés d'innombrables toiles blanches…

Sur le comptoir de la cuisine, traîne un vieux chaudron
Moult fois nettoyé par les petites souris.
Il est le vestige d'une vie trop vite passée en ta compagnie.

Tout le reste n'est plus...
Ni le vieux tourne-disque
Qui a dû jouer à tue-tête de temps à autre
Pendant les fêtes familiales
Ni les lits ayant abrités tant de rêves et d'ébats amoureux.
Ou d'enfants naissants...

Tu as de la chance, toi, la vieille maison
De m'avoir rencontré, moi, l'artiste peintre
Car même si tu fonds doucement
Vers l'abîme de l'oubli
Tu renaîtras sous mon pinceau pour l'éternité…
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