![]() qui m'a permis d'utiliser une copie de sa magnifique aquarelle Maison abandonnée. | ||
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Tu apparais comme un fantôme essayant de disparaître Sous les doux rayons du soleil. Je m'arrête près de toi, je sors de ma voiture. Quelque chose m'attire vers toi, mais quoi ? Le respect de la vieillesse? L'image romantique que ta vieille carcasse fait monter en moi ? Pourtant, je sais. Mais oui... je sais bien... Lorsque la plupart des gens te regardent Ils ne te trouvent qu'un air très délabré, Toi la maison vieillotte, finie, déchue… Pratiquement personne ne prend le temps D'imaginer ce que ta vie fut... Tes vieilles planches salies par la poussière du temps Font naître en moi un désir. Celui de vouloir, par mes pinceaux, t'arracher à ta mort lente… Peut-être est-ce parce que tu caches en ton sein Tant d'histoires, de joies et de souffrances… Outre l'herbe follette poussant à tes pieds, Combien de mousses follets ont grandi sous ton toit ? Des petits chats ont-ils dormi sur le dos Bien calés dans ce grand tapis vert entourant tes vieux os ? Les moutons ont-ils broutés les blanches marguerites Dansant autour de toi au gré du vent Les partageant tantôt avec les vaches, tantôt avec les lapins ? Combien de fois le soleil a-t-il fait fondre la neige printanière Sur ton noir chapeau aux bardeaux arrachés En y faisant monter une blanche fumée annonciatrice de la fin de l'hiver ? Malgré tes nombreux carreaux brisés, Peux-tu encore voir les perce-neige apparaître de sous leur drap blanc ? Ils semblent vouloir venir jouer avec toi, le sais-tu ? Le sifflement du vent entrant par tes fissures T'empêche-t-il d'entendre le chant des oiseaux Ou celui du criquet au mois d'août? Ressens-tu un frisson de plaisir lorsqu'un papillon se pose délicatement Sur le rebord d'une de tes vieilles fenêtres ? Je sais, tu sembles triste, en voyant le jardin laissé à l'abandon. Tu avais tant de fois entendu la fierté De la maîtresse des lieux en vanter la beauté. Toi, il ne te reste que le parfum des fleurs sauvages Osant pousser entre les fissures de ton plancher pourrissant Heureusement que ton chapeau percé, Leur permet de voir le soleil Et de s'abreuver de gouttes d'eau. Tu es chanceuse, car maintenant, C'est la nature ta jardinière. Le menuisier-infirmier n'est plus là. Lui savait comment soigner ta marche cassée : un peu de clous par ci, un peu de plâtre par là Maintenant, elle restera brisée à jamais ta marche, tes marches… Je le sais, cela t'attriste car d'ici quelques temps Ces marches n'auront rien d'autre à offrir Qu'un lot complet de minuscules cure-dents Dont personne ne voudra… Je regarde à l'intérieur de tes entrailles, Il y a un vieil escalier Qui a été mainte et maintes fois visité par les araignées. Je le sais, elles y ont tissés d'innombrables toiles blanches… Sur le comptoir de la cuisine, traîne un vieux chaudron Moult fois nettoyé par les petites souris. Il est le vestige d'une vie trop vite passée en ta compagnie. Tout le reste n'est plus... Ni le vieux tourne-disque Qui a dû jouer à tue-tête de temps à autre Pendant les fêtes familiales Ni les lits ayant abrités tant de rêves et d'ébats amoureux. Ou d'enfants naissants... Tu as de la chance, toi, la vieille maison De m'avoir rencontré, moi, l'artiste peintre Car même si tu fonds doucement Vers l'abîme de l'oubli Tu renaîtras sous mon pinceau pour l'éternité… |
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