Michelou le rouge-gorge
© Conte original de Diane Veilleux Garneau - 16 mars 1998



NAISSANCE

Ici et là, des voix printanières marquent le réveil de la nature... Le pépiement des oisillons naissants quémandant la becquée se fait entendre dans presque tous les nids d'oiseaux des environs...

Dans la fourche d'une des branches d'un magnifique sapin se trouve un nid garni de boue et d'herbe. À l'intérieur, se déroule un moment attendrissant pour une jeune maman rouge-gorge...

En effet, s'y trouve un oeuf, tout bleu, tout seul, tout chaud, tout vibrant. Au coeur de l'oeuf, un petit oisillon, tout menu, tout mouillé, tout fébrile, tout pressé de sortir prendre l'air, tout heureux de rencontrer sa maman. Mais... Il lui reste encore quelques efforts à faire avant d'arriver à ses fins.


- Allez, pousse, pousse plus fort, dit Maman rouge-gorge, si tu veux réussir à t'expulser de ta coquille. Tu dois également frapper de toutes tes forces contre elle, pas seulement tambouriner. Vas-y, je sais que tu en es capable ! Je suis impatiente de te voir l'extrémité du bec moi ! D'autant plus que tu seras notre unique petit pour cette fois-ci...
Toc, toc, toc... faisait le bout du bec du jeunot prisonnier. Cric, crac, crac, chantait la coquille en se brisant.

- Finalement te voilà ! Dis-donc, ce que tu peux avoir l'air cocasse sans plume ! Heureusement que cela changera d'ici peu de temps, dit Maman au nouveau-né.
Éloignés du nid, un humain aurait pu apercevoir la minuscule tête d'un oiselet affublé d'un délicat duvet, dont le bec, brun tendre cerné de lignes jaunes, s'ouvrait sous les yeux déjà très curieux, si avides d'apprendre du nourrisson. Et de l'intérieur, il aurait découvert un corps maigrelet d'où émergeait un bedon vide qui criait déjà famine.

- Bonjour Maman, dit le petit oiseau tout maigrichon venant de naître. Je suis un peu fatigué et j'ai faim.
- Ne t'inquiète pas, répond Maman, il est normal que tu sois épuisé. Pour ce qui est de manger, ton Papa est allé quérir de la nourriture. Il ne devrait plus tarder maintenant.
- Où va-t-il chercher notre nourriture ? demande le petit curieux à sa mère.
- Tu sais, nous les merles d'Amérique, pouvons trouver notre pitance sur les pelouses ou les jardins, autant en ville qu'à la campagne. Même la forêt peut nous fournir des vivres. En autant que nous puissions trouver des vers de terre, des insectes, des larves, des chenilles et des arbres à fruits, il n'y a pas de problème.
- Maman, tu dis des choses si compliquées à comprendre. Quelles différences y a-t-il entre la ville et la campagne ? C'est quoi un jardin ? Et puis d'abord, des vers de terre est-ce que c'est délicieux ?
- Oh la la ! Que de questions pour un si petit bébé ! Prends le temps de te reposer avant de commencer ton apprentissage de la vie. Je veux bien croire que tu dois apprendre tout cela très vite, mais tout de même... Tu as bien le temps de dormir un peu !
- Ah ! Tu as peut-être raison. Frapper contre ma coquille m'a pris toute mon énergie. Je vais fermer les yeux un peu. Dis, lorsque mon Papa reviendra, tu vas me le faire savoir ?
- Bien sûr ! Dors maintenant.
Pendant que le bambin sommeille, Maman s'interroge...

Quel prénom pourrait-elle bien lui donner ? Au retour de Papa, ils en discutent longuement et finissent par s'entendre.

Au réveil de bébé Maman lui dit :
"Bonjour Michelou !"

- Hein, quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? À qui parles-tu Maman ? Je suis le seul enfant dans le nid il me semble...
- Mais bien sûr que tu es le seul mon cher petit, mais c'est bien à toi que je parle. Ton père et moi avons décidé de t'appeler Michelou. Aimes-tu ton nom ?

- Ouais, je pense que je vais m'y habituer. J'ai faim !
À ce moment-là, il s'aperçoit que son père est de retour.
- Bonjour mon garnement ! lui dit Papa. Voilà un savoureux ver de terre à te mettre sous le bec.
Délicatement, Papa dépose au fond du bec de Michelou un dodu ver de terre tout rose et gigotant.
- Hum, c'est bon ! dit l'enfant gourmant. Ça fait du bien ! Maman, pourquoi tes plumes sont-elles moins jolies que celles de Papa ? Le plumage de ton dos est d'un brun grisâtre et le dessous de ton ventre est d'un orange si terne, tandis que celui de Papa est d'un beau gris foncé et son ventre est couleur rouge brique.
- L'explication est très simple, mon cher petit Michelou, répond Maman. Vois-tu, c'est la nature qui veut que ton papa soit vraiment plus attrayant que moi. D'ailleurs, presque tous les papas oiseaux sont plus éclatants que les mamans oiseaux. Cela permet de préserver les espèces.
- Comment le fait d'être étincelant permet de sauvegarder l'espèce, dis-moi ?
- Tout simplement parce que le terne plumage de la maman couvrant ses oeufs n'attire personne. Le plumage flamboyant du papa frappe plus l'attention du prédateur qui le remarque plus facilement. Malheureusement pour lui, quelquefois, cela lui coûte la vie. Néanmoins c'est son destin de protéger ses petits.
- Quelle triste histoire !
- Mais non. C'est grâce à cela que toi tu as pu naître et que bien d'autres petits merles d'Amérique pourront naître également. Repose-toi maintenant.
- Mais Maman, j'y pense tout d'un coup ! Moi aussi je serai un papa lorsque je serai grand. Je risque donc de me faire manger également ? J'aime pas ça du tout !
- Cela risque effectivement d'arriver. Par contre, ce n'est pas à tous les papas du monde que cela arrive. Alors cesse de t'inquiéter et de poser des questions. Allez dors vite !
Michelou s'est finalement endormi. Ouf ! Maman peut faire un peu de ménage ainsi que quelques réparations dans le nid qu'elle trouve un peu trop fragile à son goût.

Puisque c'était la première fois qu'elle et Papa construisaient un nid douillet, ils ne savaient pas trop comment le solidifier ! Épuisée, elle se glisse près de son chérubin et finit par s'endormir à son tour... Plusieurs jours passent sans difficultés après quoi,
c'est la catastrophe !



CHUTE LIBRE
- Papa ! Au secours Papa ! Notre petit Michelou est tombé en bas du sapin ! J'ai peur... Je ne sais plus quoi faire ! Je me doutais bien que notre premier nid n'était pas assez solide. Quoi faire ? Dis-moi... Quoi faire ? criait Maman inquiète.
- Ah non ! s'écrie Papa très malheureux. Moi non plus je ne sais pas quoi faire. Y a-t-il longtemps que tu t'es aperçue de la disparition de Michelou ?
- Non, dès mon réveil. Je pense avoir dormi juste une toute petite demi-heure...
- Ne panique pas ! Comme il fait encore très chaud, il ne tombera pas malade immédiatement. De plus, j'ai déjà entendu parler d'humains qui remettaient les petits oiseaux dans leur nid après les avoir découverts. Souhaitons que se soit ce qui arrivera à notre enfant.
Les minutes passaient et toujours personne en vue.

Papa et Maman priaient très fort pour qu'un humain passe et aperçoive leur petit Michelou par terre.

Ils avaient si peur...

- Mamie, tes fleurs sont magnifiques ! Je vais me pencher pour sentir tes rosiers. J'aime tellement leur odeur, dit la fillette à sa mère. Hum ! Quel parfum capiteux ! Hein ! Mais qui fait tout ce bruit ? Mamie, ça crie fort dans le nid des rouges-gorges. Saurais-tu pourquoi ?
- Non. Peut-être ont-ils perdu leurs bébés. Vois-tu des oiselets par terre ? Savais-tu qu'il arrive aux oiseaux de construire un nid qui ne soit pas assez solide ? Dans ce temps-là, il risque de perdre leurs petits parce qu'ils sont tombés du nid. Soit qu'ils meurent de faim ou de froid ou encore, c'est un chat qui les mange.
- Quel triste sort Mamie ! s'écrie la fillette.
- Oui, d'une certaine manière. Mais vois-tu, il est normal que parmi tous les oiseaux du monde naissant chaque année, certains d'entre eux ne puissent survivre. Il faut laisser la nature suivre son cours.
- J'en ai trouvé un ! dit la fillette tout excitée.
- N'y touche pas ! Je vais frotter mes mains par terre pour leur donner une odeur naturelle ensuite, je vais prendre ce petit gaillard doucement et le remettre dans son nid... Ah ! Le voilà ce nid ! Oh ! Mais c'est qu'il n'a plus de fond ! Nous allons essayer de le reconstruire.
- J'ai une idée Mamie, dit la fillette. Que penserais-tu si nous prenions le fond du nid que j'ai gardé l'an passé ? Je crois qu'il pourrait faire l'affaire.
- Très bonne idée ! Cours le chercher dans ta chambre et revient vite avant que les parents de ce petit coquin ne s'inquiètent...
La fillette et sa maman ont réussi à reconstruire un fond très douillet en prenant celui du vieux nid ainsi que les plumes fraîchement récupérées dans le sapin et y ont ajouté quelques brins d'herbe sèche.

Elles y ont recouché Michelou et se sont mises à la recherche d'autres oisillons. Comme elles n'en trouvaient pas elles se sont éloignées du sapin afin de pouvoir surveiller la suite des événements sans se faire remarquer. Elles voulaient s'assurer que les parents ne rejetteraient pas leur petit.


- Regarde Mamie, les voilà !
- Bon et bien maintenant, nous pouvons partir et les laisser faire... dit la mère en s'éloignant avec sa fille.
Pendant ce temps dans le nid reconstruit...

- Maman, Papa ! Je suis si content de vous retrouver ! s'écrie Michelou. Pourquoi n'êtes-vous pas venus me chercher ? J'étais où moi ? J'ai faim ! Pourquoi la petite fille a-t-elle dit que nous sommes des rouges-gorges ? Tu m'avais dit que nous étions des merles d'Amérique. M'as-tu menti Maman ? J'ai faim !
- Bon le voilà reparti avec ses questions ! rétorque Maman. Michelou, d'abord, nous allons régler le problème de la faim. Après quoi, nous te réchaufferons un peu au cas où tu aurais pris froid pendant ton séjour par terre. Pour le reste, et bien tes questions peuvent bien attendre un peu...
- Non Maman ! Je veux savoir ! C'est quoi un rouge-gorge ?
- C'est le surnom que nous ont donné les humains. Ce sobriquet vient de la couleur rouge brique sous le ventre de ton Papa.
- Ah, bon ! Je suis fatigué. Je pense que je vais dormir un tout petit peu.
Notre petit coquin de Michelou s'endort rapidement.

Plusieurs jours passent encore. De bébé sans plume qu'il était, voilà notre cher petit ami affichant une charmante poitrine grivelée avec un délavé rouille. Il est mignon comme tout...



DISPARITION


Par un bel après-midi ensoleillé, Michelou, s'étant penché un peu trop près du rebord de son nid, tombe et se ramasse de l'autre côté de la clôture, chez les voisins !

Comme il a peur...

Malgré tout, il marche comme un brave petit afin d'essayer de retrouver son chemin.

Pendant ce temps-là, sa maman et son papa ont bien des inquiétudes...


- Où est encore passé Michelou ? dit Maman. Je lui avais pourtant dit de faire attention ! Il trouvait cela amusant de regarder en bas du nid. Je le savais moi qu'il risquait de tomber...
- Ne t'inquiète pas trop, la rassure Papa. Michelou n'est plus un bébé naissant. Il retrouvera peut-être son chemin tout seul. Vite sauve-toi ! Voilà un humain !
C'était la fillette qui aimait l'odeur des roses de sa maman qui rapportait Michelou dans son nid. Elle était accompagnée d'un garçon un peu plus âgé qu'elle. Ils ont remis le garnement dans le nid et se sont éloignés comme leur avait conseillé leur maman.

Aussitôt de retour...

- Bonjour Maman ! Bonjour Papa ! dit le fautif un peu gêné...
- Où étais-tu passé vilain garnement, dit Maman. Tu nous as tellement inquiétés !
- Je ne l'ai pas fait exprès. Je suis tombé du nid comme tu me l'avais prédit, mais avec mes petites ailes, j'ai réussi à voler doucement. Je ne me suis pas fait mal.
- Qu'as-tu fait tout ce temps ? demande Papa.
- J'ai vécu toute une aventure. Imagine-toi donc que j'ai fait la connaissance de trois fillettes. C'est l'une d'elles qui m'a trouvé. Elles avaient l'air très gentil, mais leur maman ne l'était pas ! Elle voulait que mes nouvelles amies me relâchent dans la nature. Cependant, les demoiselles voulaient me garder avec elles. Sais-tu pourquoi ?
- Non.
- Elles pensaient que j'étais blessé par la façon dont je marchais et je bougeais.
- Pauvre Michelou, c'est normal qu'elles aient pensé cela en te voyant. Comme tu n'es pas encore très vieux, tu n'as pas atteint une bonne coordination de tes membres. Qu'est-il arrivé ensuite ?
- Elles m'ont donné à la maman de la fillette qui m'a retrouvé la première fois. Cette enfant ne m'a pas reconnu tout de suite. La mère pensait que j'étais blessé ! Elle m'a alors mis dans une cage et m'a apporté dans sa cuisine. Il y avait plusieurs personnes autour d'une grande table et tout le monde venait me voir. J'étais plutôt effrayé ! À un moment donné, je me suis pris la patte entre les barreaux...
- Qu'est-il arrivé ? demande Maman inquiète.
- La mère est venue arranger cela et je pense que c'est à ce moment-là qu'elle m'a reconnu. Elle a dit aux fillettes qu'elle croyait que j'étais un bébé rouge-gorge. Elle leur a donc suggéré d'aller me remettre dans mon nid...
- Sais-tu que tu es chanceux toi ? dit tendrement Papa qui était très attaché à son oisillon.
- Oui je le sais. D'un autre côté, j'aime cela vivre de formidables aventures. C'est tellement ennuyant demeurer dans le nid à la journée longue... Maman, pendant que j'étais dans la maison, les humains mangeaient quelque chose qui avait l'air appétissant. J'aurais aimé qu'ils m'en donnent un peu avant de me ramener chez-moi !
- Qu'as-tu vu ? le questionne Maman.
- J'ai vu au centre de la table, quelque chose de rond qui était plein de couleurs. Il y avait du rouge, du vert, du blanc. J'aurai bien voulu y goûter. Ça sentait si bon et avait l'air si appétissant !
- Tu as sûrement vu une pizza. C'est vrai que cela a l'air alléchant ! En attendant, il te faudra te contenter de vers de terre ou d'insectes.
- C'est pas grave, j'adore cela ! Maintenant que j'ai mangé, je pense que je vais faire un petit somme.
- Parfait ! lui répond Papa. Après cela, je pense qu'il est temps que tu sortes de temps en temps du nid afin de commencer à apprendre des choses. Nous irons faire une promenade dès ton réveil.
- Youppi ! s'écrie Michelou. Enfin ! Vive l'aventure !
Comme Maman et Papa devaient élever une deuxième nichée durant l'été, il était normal qu'ils poussent un peu leur fiston à prendre son envol et à chercher de lui-même sa nourriture. Cela fait partie des apprentissages de la vie d'un oisillon qui doit acquérir rapidement son autonomie. Les parents de Michelou en étaient bien conscients et devaient se décider à lui montrer comment se débrouiller seul pour le jour où il devrait quitter le nid familial.


BALADE


Papa et Maman se sont promenés avec Michelou dans les alentours occasionnant encore un tas de questions de la part de notre petit curieux...

- Maman, pourquoi ce petit oiseau se tient-il la tête en bas pour manger ? Moi aussi j'aimerais manger la tête en bas !
- Tu ne le peux pas mon chéri, dit Maman en riant aux éclats... Tu n'as pas la même agilité que la "sittelle à poitrine blanche" que tu vois là-bas ! Les sittelles marchent le long des troncs la tête en bas, pour déceler les insectes qui ont échappé aux oiseaux qui grimpent les troncs dans le sens "normal".
- Regarde Papa ! Pourquoi cet oiseau à l'air si triste ? Quelqu'un lui a-t-il fait de la peine ?
- Mais non coquin ! Qu'il soit heureux ou malheureux, cet oiseau aura toujours l'air triste ! C'est dans sa nature. Vois-tu, cette sorte de colombe sauvage s'appelle justement "tourterelle triste".
- Ah bon ! Puisque tu le dis... Eh ! Regardez cet oiseau-là ! On dirait qu'il est tombé dans de la confiture de framboises ! Ce qu'il peut avoir l'air comique !
- Tu veux parler du "roselin pourpré", dit Maman. C'est vrai qu'il a l'air cocasse. Surtout lorsqu'il fait le fanfaron devant son amoureuse ! À ce moment là, sa couleur framboise devient tellement foncée qu'on dirait un bonbon !
- Ils me font rire tous ces oiseaux ! dit gaiement Michelou. Tiens, en voilà un tout jaune avec un chapeau noir sur la tête !
- Tu viens de faire la connaissance du "chardonneret jaune", répond Maman en riant. C'est vrai qu'il est magnifique ! J'adore cette couleur jaune citron.
- Oh ! la la ! Regardez par-là, il y a un gigantesque oiseau noir. J'ai peur !
- Tu n'as pas de raison d'être effrayé. Sors de derrière moi voyons petit peureux ! dit Papa amusé. Premièrement, il n'est pas si énorme. Deuxièmement, tu pourras le reconnaître aux jolies couleurs rouge et jaune de ses épaulettes. D'ailleurs, il se nomme "carouge à épaulettes" et il est très gentil. D'ordinaire, il est grégaire. Cela veut dire qu'il se tient en groupe. Jamais il ne te fera de mal. En passant, tous les oiseaux que tu as vus jusqu'à ce jour ne sont pas dangereux pour toi.
- Ouf, cela me rassure !
D'autres promenades instructives se sont ajoutées. Michelou a fait la connaissance de nombreux oiseaux. Il peut même reconnaître le chat du voisin et a appris à s'en méfier.

Son jeu favori : la chasse aux vers de terre ! Surtout sous la pluie, car c'est dans ces conditions-là qu'il a le plus de chances d'en trouver plusieurs sortis de terre... Il fait même des concours avec ses parents pour savoir qui de lui ou d'eux en attrapera le plus grand nombre.


Chaque jour qui passe lui apporte plus d'assurance. Il le faut bien puisque le moment de quitter définitivement le nid approche et Michelou le sait...


L'ENVOL


Au moment opportun, Papa et Maman discutent d'un sujet important. Dès le réveil de Michelou, ils devront lui apprendre que le moment pour lui de partir est arrivé. Même si Michelou et ses parents le savaient depuis longtemps, ce grand moment les rend tous deux très tristes !

Papa dit alors à Maman :


- Ne t'en fais pas tant ! Tu sais bien que tout cela est normal !
- Qu'est-ce... qu'est-ce qui est normal papa ? demande notre petit curieux venant de se réveiller. Pourquoi as-tu l'air si triste Maman ? Qu'y a-t-il ?
- Ce n'est pas quelque chose de bien grave, répond tristement Maman. C'est juste qu'il faille que nous discutions tous les trois.
- Bon bien je t'écoute Maman...
- Vois-tu mon Michelou adoré, le temps de nous quitter est maintenant arrivé.
- Mais, je ne veux pas partir moi ! s'écrit Michelou. J'ai bien trop peur sans vous...
- Ne t'inquiète pas, dit Papa, tu es prêt. C'est d'ailleurs pour cela que nous avons fait toutes ces balades et que nous t'avons montré à dénicher ta nourriture toi-même. Maintenant, c'est à toi de prendre ta vie en main, devenir autonome, rencontrer une jolie femelle et avoir tes propres enfants. C'est la vie qui veut cela...
- Moi, avoir des enfants ? Mes enfants à moi ? C'est vrai, vous me l'aviez déjà dit, répliqua Michelou qui trouvait l'idée amusante. Et puis d'ailleurs j'aime beaucoup les petits oiseaux. Peut-être aimerai-je cela avoir des enfants après tout...
- Mais bien sûr que tu aimeras cela ! lui dit tendrement Maman. Nous sommes obligés de te dire que dorénavant, tu devras chercher toi-même ta nourriture. Nous t'avons appris à trouver ta pitance sous forme de jeux, mais là, c'est à toi de t'organiser tout seul. Ne t'inquiète pas. Tu pourras construire ton nid près de nous. Nous aimerions cela ton père et moi. Et surtout, n'hésite pas ! Si quelque chose ne va pas, nous serons toujours là pour te venir en aide ! Tu pourrais même venir prendre un repas avec nous de temps en temps si le coeur t'en dit. On pourrait alors jouer à qui ramasse le plus de vers de terre comme avant... Qu'en penses-tu ?
- Cela me ferait plaisir de revenir vous voir souvent... Mais, êtes-vous bien certain qu'il faille que je parte ? Je vous aime tellement tous les deux !
- Eh ! Tu ne nous perds pas, cher Michelou, réplique Papa. Tu ne fais que partir afin de pouvoir faire tes propres expériences et vivre ta vie ! Allez... Va ! Il faut faire ce que la nature te demande de faire. Je t'ai déjà expliqué plusieurs fois qu'il faut toujours laisser la nature suivre son cours... Tu dois t'organiser pour rencontrer une femelle et fabriquer ton propre nid avec elle. Tu verras, tu es prêt maintenant ! J'en suis certain ! Et Maman aussi en est certaine...
- Vous allez me remplacer par les oiselets de votre deuxième couvée et vous m'oublierez ! s'écrie Michelou le coeur triste.
- Nous aurons effectivement d'autres oiselets ta mère et moi, continue d'expliquer tendrement Papa. Mais jamais ces nouveaux rejetons ne te remplaceront voyons! Tu es notre seul et unique Michelou et personne au monde ne prendra ta place dans notre coeur... Mais comme je l'ai déjà dit, c'est la nature qui est ainsi faite. Allez, tu es devenu grand à présent. Ne pleure plus. Va embrasser Maman et ensuite, envole-toi loin de nous pendant quelques heures, histoire de te prouver à toi-même que tu es capable de vivre tout seul, sans nous, un petit bout de temps... Et surtout, n'oublie jamais tous les conseils que nous t'avons donnés !
- Non mes chers parents, je n'oublierai pas, dit tristement Michelou... Bon, le temps est venu ! Je vais essayer de m'éloigner un peu de vous cet après-midi juste pour voir comme vous dites... Maman avant mon départ, sers-moi encore entre tes ailes, s'il te plaît.
- Il n'y a pas d'autre chose à faire mon grand Michelou, lui dit Maman en le serrant très fort et en déposant un baiser sur son front. Allez ! Vas-y maintenant. C'est le temps de te prouver que tu en es capable !
Après avoir serré très fort sa maman sur son coeur, Michelou prit son envol. Il a tourné en rond plusieurs fois au-dessus du majestueux sapin vert qui l'avait vu naître et grandir. Son coeur était triste mais en même temps, il était très heureux de sa liberté nouvellement acquise. Lui, le petit oiseau maigrichon était devenu aussi magnifique et aussi fort que son papa ! En plus, il pouvait faire ce qu'il voulait. Quel bonheur ! Il a regardé ses parents une dernière fois avant de monter plus haut dans le ciel et ensuite, il est disparu par-delà les nuages pendant quelques heures...

- Tu crois qu'il sera heureux ? demande Maman à Papa.
- Mais oui, il sera heureux j'en suis convaincu. Ne l'avons-nous pas éduqué pour lui permettre de surmonter toutes les embûches ?
- Oui mon chéri... Maintenant, sers-moi fort contre toi, dit-elle avant de s'endormir chaudement blottit contre lui...
- Fin -


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